Sadamoto : Interview Animerica (1998)

Cette interview de Yoshiyuki Sadamoto fut publiée dans le magazine ANIMERICA Vol.6 No. 8, en 1998.

"J’ai dessiné Eva comme le monde vu au travers des yeux du personnage principal, Shinji", commente le mangaka et le créateur de personnages Yoshiyuki Sadamoto dans une récente interview du magazine NEWTYPE. "Mais comme l’humanité de Shinji vient de moi, et d’une version de 14 ans de moi même, peut être est-ce ce qui lui donne vie."

Le style de Yoshiyuki Sadamoto est facile a reconnaitre, comme il est un peu différent de la moyenne du domaine des animes et mangas – ses personnages sont fins et longs là où d’autres sont ronds, et pales et délicats là où d’autres seront robustes. Un personnage réservé aura l’air d’être replié dans tous les sens du terme, de sa posture à son expression, tandis que la marque d’un type plus confiant de personnage sera un menton poussé en avant, avec un sourire arrogant affiché en permanence sur son visage. Les personnages de Neon Genesis Evangelion sont peut être la meilleure preuve de la gamme Sadamoto – chaque type de personnalité est représenté, de l’effacée à l’agressive, et de la timide à l’autoritaire. Des enfants aux dents écartées et scientifiques grisonnants des Ailes d’Honneamise, jusqu’aux enfants des rues et les hommages à Miyazaki dans Nadia – Sadamoto les fait tous et les rend réels.

C’est un artiste qui a débuté en 1991 avec une publication de 60 pages intitulée R20, parue en feuilleton dans le magazine mensuel d’anime de Kadokawa Shoten, NEWTYPE, Sadamoto a aussi vu un travail publié à 19 ans, dans l’hebdomadaire d’Akita Shoten, SHONEN CHAMPION. Pas si mal pour quelqu’un sans formation particulière en tant qu’artiste.

"Qualifieriez-vous des imitations d’esquisses de travaux de mes artistes favoris comme une formation?" demande Sadamoto.  Depuis lors, Sadamoto a créé l’apparence des personnages dans chaque production majeure du studio Gainax, depuis Les Ailes d’Honneamise à Nadia, jusqu’à son plus gros succès qu’est Neon Genesis Evangelion. Quand on lui demande de définir la différence entre Gainax et d’autres compagnies d’animation, Sadamoto répond, "Fondamentalement, c’est une compagnie de production indépendante, donc elle est concernée par plus que les purs profits. Ses aptitudes d’amateur sont la base de ses qualités et défauts."
Le travail de Sadamoto n’est pas consisté uniquement de projets artistiques pour le studio Gainax – il a donné sa touche a l’anime d’horreur Doomed Megalopolis et a peint une couverture d’album pour Eric Clapton. Plusieurs de ses travaux d’animes on été rassemblés sur CD-Rom et dans un grand art book intitulé Alpha. Ces derniers mois, il a été pris par l’adaptation en Manga de Neon Genesis Evangelion et se concentre sur le futur projet estampillé Gainax, Aoki Uru. En fait, depuis plusieurs années, l’aspect conceptuel artistique de b présent dans Alpha a été le seul indice disponible aux fans sur ce à quoi cet ambitieux projet jeu/anime/manga pouvait finalement ressembler. (Il semble que de nouveaux designs seront utilisés pour le projet final.)

Pendant ce temps, alors que le projet Aoki Uru se met en route, Sadamoto continue de travailler sur le manga Evangelion. Dans une récente interview dans NEWTYPE, Sadamoto dit que "l’anime [Evangelion] n’a jamais vraiment donné aux gens une 'réponse.' C’est plus un sentiment de 'trouvez le reste de l’histoire vous-mêmes.' Je pense que le manga va commencer à différer de l’anime. J’aime les histoires claires et simples, donc même si cela semble un peu immature, c’est la direction vers laquelle j’aimerais diriger mon travail."

Mais comment le manga se terminera ? "C’est une question difficile, parce que je ne sais pas encore comment je vais l’achever," précise Sadamoto à NEWTYPE. "Je veux lui donner une fin heureuse... mais qu’est-ce qui l’est ? Le film s’est terminé de façon heureuse à sa manière. Il n’y a rien de significatif dans la vie humaine depuis le moment de votre naissance à celui de votre mort, et entre les deux, on ne peut pas dire que l’on a vécu si nous ne profitons pas de la vie. La vie de Shinji est, et sera, difficile, mais il a vécu, et c’est en soit une fin heureuse."

ANIMERICA: Quand avez-vous décidé pour la première fois de devenir un mangaka ?

Sadamoto: A peu près à l’époque de ma scolarité de Primaire et de Collège, les mangas Mazinger Z, de Go Nagai, et Battlefield, de Leiji Matsumoto, sortaient tout juste. A cette époque j’ai pensé que cela serait sympa de devenir mangaka.

ANIMERICA: Comment avez-vous procédé pour le design des personnages des Ailes d’Honneamise? Avez-vous utilisé de vraies personnes comme références ?

Sadamoto: Je les ai conçus à partir des nombreuses réunions avec le réalisateur, Yamaga. Fondamentalement, j’ai dessiné les visages qui étaient proches de mes amis, mais certains personnages furent conçus en utilisant des acteurs comme références. Par exemple, Shirotsugu a été créé à partir de Robin Williams (Le monde selon Garp) et Treat Williams (Hair), et le chef de Space Force fut basé sur Lee Van Cleef.

ANIMERICA: Comment avez-vous crée les apparences unique des tenues et uniformes d’Honneamise?


Sadamoto: Comme vous pouvez le voir dans l’animation et le manga, les Japonais se dirigent en général vers des designs Occidentaux comme base. Donc pour éviter ce stéréotype, j’ai essayé de capturer l’essence du monde oriental, comme la Chine ou l’Inde.

ANIMERICA: Quelles furent vos influences à l’époque de la conception des personnages de Nadia ?

Sadamoto: La direction prise était celle d’un style Jules Verne (20 000 Lieues sous les mers), alors pour l’inspiration je me suis tourné vers le film de Disney et un TV Special sur les frères Wright. Cependant, je ne voulais pas que mes designs soient confondus avec Laputa - Le château dans le Ciel, de Hayao Miyazaki.

ANIMERICA: Comme Nadia prenait place au 19° siècle, y avaient-ils des impressions particulières que vous vouliez transmettre au public ?

Sadamoto: Bien sûr nous essayions d’insuffler un élément de nostalgie, mais comme c’est un monde de fiction, nous voulions être certains que le public ne se concentrerait pas trop sur le réalisme. Nous voulions laisser l’impression d’un univers où tout pouvait arriver.

ANIMERICA: Qu’est-ce qui vous a décidé a dessiné le manga Evangelion ?

Sadamoto: C’est difficile de le retranscrire avec des mots. Tout ce que je peux dire c’est que j’avais le désire de le faire.

ANIMERICA: Comment avez-vous créés les personnages d’Evangelion? Les avez-vous conçus avec des personnes particulières en tête ?

Sadamoto: Pour la moitié c’est comme si Dieu était descendu et avait guide ma main droite. Il y avait quelques dramas télévisés et TV Specials que j’ai utilisés comme références, mais j’ai principalement dessiné les personnages en fonction de mes préférences personnelles.

ANIMERICA: Quand vous dessiniez les scènes de batailles, y avaient-ils des choses que vous remarquiez, des choses qui étaient particulièrement difficiles, ou intéressantes ?

Sadamoto: Je considère que les scènes de batailles dans le manga ne peuvent rivaliser avec les scènes de l’anime. Avec ceci en tête, mon adage est de rendre les scènes de batailles aussi faciles de compréhension que possible. Mon souhait est d’avoir le temps d’ajouter plus de pages à ces scènes.

ANIMERICA: Combien y a t-il de personnes dans votre équipe de production ? Les tâches sont-elles clairement réparties, comme elles le sont avec les comics Américains ? Et combien de temps cela prend t-il pour mettre un manga en place ?

Sadamoto: J’ai deux ou trois assistants pour fixer le screentone, et récemment, j’ai dessiné quelques fonds bruts et les ai donnés aux assistants pour qu’ils les remplissent en détails. En considérant l’histoire et les dessins, cela prend en général environ trois semaines pour une histoire. A la différence des comics Américains, je fais toutes les parties basiques moi-même.

ANIMERICA: A votre avis, pourquoi Evangelion est devenu un tel succès ?

Sadamoto: Je pense que c’est la combinaison de plusieurs facteurs, mais tout simplement, c’est tombé sur ce que l’époque voulait. Voici en gros le résumé de mon impression.

ANIMERICA: Qu’est-ce qui a fait sa popularité différente de celle des autres productions ?

Sadamoto: La mania de l’anime; cela a même embarqué des adultes qui normalement ne regarderaient pas une série animée.

ANIMERICA: C’est également populaire aux Etats-Unis. Quelle est, selon vous, la base de cette popularité ? Et si vous avez le sentiment que les gens d’autres pays puissent être également enthousiastes, pouvez-vous nous dire pourquoi, s’il vous plaît ?

Sadamoto: Je pensais que seuls les Japonais seraient accrochés à cette histoire. Si c’est vrai qu’elle est devenue populaire dans beaucoup de pays, cela signifie que le monde entier ressent le même mal de l’âme. C’est quelque chose dont on ne devrait pas se réjouir. [RIRES]

ANIMERICA: Quel est votre personnage favori ? Quel personnage prenez-vous le plus de plaisir à dessiner ? Et quel est le plus difficile, et pourquoi ?

Sadamoto: Les personnages féminins sont les plus sympas à faire. Le personnage principal, Shinji, avec ses expressions subtiles, est le plus difficile.

ANIMERICA: Aimez-vous dessiner les personnages d’animaux mignons, comme le manchot Pen-Pen d’Evangelion ou King, le lionceau de Nadia ?

Sadamoto: J’adore ça. Mais lorsque je le dessine, en réalité je vous vends l’humanité de l’animal de compagnie. Plus que l’aspect extérieur mignon, je considère que l’essence du personnage est la plus importante.

ANIMERICA: De quelle façon êtes vous impliqué dans l’actuel nouveau projet de jeu/manga/anime Aoki Uru?

Sadamoto: En ce moment, je travaille sur le jeu.

ANIMERICA: J’ai entendu que votre femme est aussi une mangaka. De quelle façon vos styles sont-ils différent ?

Sadamoto: Nous sommes complètement différents, mais je trouve que j’ai d’une certaine façon été influencé pas ses goûts en tant que mangaka féminine. Elle est d’une aide précieuse quand elle vérifie mes nêmu (layouts au crayon de grande taille, avec dialogues inclus).

ANIMERICA: Vous et votre femme avez collaboré sur des projets. Pouvez-vous nous dire quelques uns des bons et mauvais côtés de ce genre de relation de travail ?

Sadamoto: Ces caractéristiques qui n’auraient jamais vu le jour autrement sont à la fois les meilleurs et les pires côtés de la collaboration, dans le manga ou l’animation.

ANIMERICA: Quels sont les nouveaux projets qui sont en chantier et quelle vision avez-vous pour l’avenir ?

Sadamoto: Je n’ai pas vraiment pensé à des projets que je ferais sur un plan purement individuel. Je suis impliqué dans Aoki Uru et d’autres productions Gainax. J’espère que vous les apprécierez.

ANIMERICA: Comme vous êtes à la fois un animateur et un créateur de personnages – quelles profession préférez-vous ?

Sadamoto: J’aime les deux, mais la fonction de créateur de personnages semble mieux corresponde à ma personnalité.

ANIMERICA: Quel est votre meilleur souvenir de votre travail dans le domaine de l’animation ?

Sadamoto: Il y en a tellement que je ne peux en choisir un, mais je dirais que c’est tous les gens que j’ai rencontrés et tous les pays étrangers que j’ai pu voir en recherchant des projets.

ANIMERICA: Que faites-vous lors de vos jours de repos ?

Sadamoto: Je bricole mes motos ou voitures, je vais faire du vélo, construits des maquettes, joue avec mes enfants ou lorsque rien ne presse, je ne fais rien, tout simplement.

ANIMERICA: Vous avez mentionné les motos et les voitures. Quels types avez-vous conduits ? Avez-vous quelques souvenirs ou ambitions en relations avec ces engins ?

Sadamoto: Je suis amoureux des voitures italiennes, mais à cause de la courte disponibilité, actuellement j’ai deux Lotus Anglaises et une Citroën Française. Fondamentalement, j’aime les voitures étrangères parce que je sens qu’au travers d’elles je peux avoir une perception de cultures étrangères.

ANIMERICA: Avez-vous un conseil pour vos fans Américains qui voudraient devenir mangaka ?

Sadamoto: Plus que le désir de devenir mangaka, décidez de ce que vous voudriez dire et accordez y une attention particulière. Souvenez-vous que le manga n’est qu’un médium au sein duquel vous présentez vos idées, et y mettez vos meilleures capacités.

ANIMERICA: Avez-vous un message pour vos fans Anglophones ?

Sadamoto: Merci d’avoir suivi les productions Gainax jusqu’à maintenant, et je travaillerai sur davantage de projets dans l’avenir, donc j’espère que je pourrai continuer à compter sur votre soutien !
Traduction par Gargoyle.
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