Conférence Gainax - Japan Expo 2009

C'est à l'occasion de la venue en France de Takami Akai, co-fondateur du studio Gainax que nous avons pu assister à cette conférence dédiée au studio d'animation le samedi 4 juillet 2009 dans l'enceinte du 10ème festival Japan Expo.
Conférence Gainax - Takami Akai

1 - Pouvez-vous revenir sur la fabrication des animations Daicon III & IV et sur la création du studio Gainax ?

Daicon était essentiellement un évènement destiné aux amateurs de Science-fiction, une convention organisée par des amateurs qui accueillait un public d’environ 1000 à 2000 personnes et invitant des professionnels comme des écrivains ou des réalisateurs. A  cette époque, les organisateurs été des étudiants de l’université d’Osaka et eux même n’étaient pas forcement impliqué dans la création. A l’occasion du Daicon III, les organisateurs ont eu l’idée de présenter pour la première fois un petit film animations inédit à l’ouverture du festival. De part leur amateurisme, ils se sont alors adressé à leur réseau de connaissances pour la réalisation de ce projet et cette demande est arrivée jusqu’à nous.

A l’époque, nous étions trois étudiants à l’université d’Osaka, Hideaki Anno, le créateur d’Evangelion et Hiroyuki Yamaga, réalisateur de Wings of Honneamise et moi-même.Il est vrai que nous réalisions déjà des petits films amateurs. Nous avions de ce fait accepté de faire cette animation sans aucune rémunération mais  tout en ne prenant pas en charge les frais de production. C’est ainsi que nous avions réalisé çà dans un contexte amateur cette animation pour Daicon III puis plus tard Daicon IV. Nous pensions que çà serait la première et la dernière sans doute des réalisations. Nous avions en plus rencontré un souci lors de la projection puisque toute la partie sonore n’avait pu être diffusée. Malgré tout, devant une audience de près de 1500 personnes nous avions à chaque nouveau plan une certaine clameur. L’animation reçue finalement un accueil tout à fait chaleureux de la part du public.

Et je me souviens ce jour là avoir ressentit vraiment une très forte joie intérieure en me disant que si l’on devait faire de l’animation c’était pour ce sentiment de joie partagé. En tant qu’étudiants nous avions fabriqué un certains nombres de petits films et notamment dans le genre Tokusatsu (Sentaï) et nous organisions déjà des projections payante afin de financer nos projets et de réaliser quelques goodies ! Pour tout vous avouer, la nuance entre amateurs et  professionnels était un petit peu difficile à saisir dans notre cas et pour être tout à fait honnête nos réalisations n’étaient pas tout à fait originale mais souvent des parodies.

Finalement, nos vies d’étudiants se sont achevées et nous nous sommes posé la question de savoir si nous allions nous séparés et devenir des salariés de différentes sociétés ou bien alors de rester ensemble et de fonder notre propre moyen de nous exprimer. Monter notre propre société nécessitait absolument de trouver des sources de financement pour nos premières œuvres. Nous nous étions alors adressé à Bandai afin de leur proposer de réaliser une animation autour de certains personnages de la Saga Gundam comme Char Aznable ou Johnny Ridden. Pour des raisons de mentalité d’adulte très certainement ce projet n’a malheureusement pas aboutit. C’est une anecdote assez méconnue de l’histoire de notre studio.

Finalement, nous nous sommes lié d’amitié avec pas mal de personnes de chez Bandai et de notre côté, nous avions pris conscience qu’il fallait faire preuves d’inventivité et d’originalité. Et c’est ainsi que nous nous sommes lancé sur le projet Wings of Honneamise qui nécessita la création d’une société.

2 – Pouvez-vous nous donner l’état des projets en cours dont notamment Aoki Uru et le long métrage de Tadashi Hiramatsu (Ghost Rhapsody) ?

Aoki Uru est un projet de Hiroyuki Yamaga et constitue une sorte de suite au premier long métrage du studio, Wings of Honneamise. Ce projet datant d’une dizaine d’années, il fut interrompu assez rapidement faute de sponsors. Actuellement, M. Yamaga aimerais relancer l’idée qui a mûrir sur de nouvelles bases depuis. Personnellement, ce projet étant quelque chose d’innovant à tous points de vue, j’ai le sentiment que la production s’avèrera difficile si cela doit être produit uniquement au sein de notre studio. Il est vrai que nous sommes entrain de faire « grandir » Gainax notamment pour que ce projet puisse être réalisé entièrement par notre société.

Concernant, le second projet, je suis vraiment désolé mais pour le moment je ne suis pas autorisé d’en parler en public.

3 – Suite à votre réponse, je souhaiterais savoir comment vous comptez faire « grandir » Gainax en vu de la réalisation d’Aoki Uru et quels sont exactement les relations qui unissent le studio Gainax au studio Khara ?

Chez Gainax, nous essayons toujours de faire des choses innovantes. Mais il est vrai que lorsque l’on créé une nouvelle œuvre, il y a quelque part une difficulté à se renouveler, on a tendance à  être prisonnier de cette nouvelle œuvre. Par exemple, Evangelion, a beaucoup marqué le studio et donc notre société devait monter un studio qui ne pouvait faire que du Evangelion. C’est la raison pour laquelle nous mettons tant de temps à produire une nouvelle œuvre. Nous devons casser toute la mentalité et le savoir faire qui a été acquis avec l’œuvre précédente et remettre tout à plat pour pouvoir créer quelque chose de nouveau.  Et donc même si çà ne remet pas en cause la qualité ou le style de Gurren Lagann, comment peut-on faire pour garder à la fois l’esprit de Gurren Lagann et en même temps adapter le studio  à la nouvelle idée d’Hiroyuki Yamaga avec Aoki Uru. Pour cela nous avons deux possibilités, celle d’amplifier la communication avec le staff existant ou bien incorporer du jeune staff qui aura plus de facilité pour s’adapter directement au nouveau projet. C’est dans ce sens là surtout que je parler de faire « grandir » Gainax.

Les anciens du studio ont un certain potentiel mais aussi la tête dure, tandis qu’un jeune staff sera plus réceptif, une meilleur adaptabilité mais manquerons d’expérience. Faire collaborer ces deux entités au sein d’une même société consisterait à un travail équivalent à celui de créer une autre société. Moi aussi concernant Aoki Uru, j’ai beaucoup d’espoir et je compte faire partie de l’équipe mais très honnêtement, je ne sais pas encore combien de temps, de mois, d’années, il faudra pour finaliser un tel projet.

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4 – Pour rebondir, sur les relations entre le studio  khara et le studio Gainax, depuis une dizaine d’année le studio Gainax à l’habitude de collaborer avec de nombreux studios comme récemment avec le studio Feel sur la série Shikabane Hime. Je voulais savoir si çà apportait une nouvelle vision artistique, quelque chose de nouveau et comment faite vous tout simplement pour collaborer avec d’autres studios ?

Très honnêtement, chaque cas est différent. Avec Hideaki Anno, le fondateur du studio Khara, nous nous connaissons depuis l’époque universitaire mais cela ne veut pas dire qu’on a toujours travaillé ensemble. Travailler continuellement ensemble n’est pas une solution en soi, les idées et nos pensées finissent par se ressembler et on fini forcement à en avoir assez. Et je crois aussi que les cas de figures, ou des étudiants plein de dynamisme se réunissent et créaient une société puis finalement ce séparent n’a rien de surprenant. Etant conscient de cela lors de la création de Gainax, nous avions déjà en tête que chacun soit assez libre pour exploiter ses propres idées et créer sa propre société. Moi même de mon côté, il y a une dizaine d’années j’ai créé la société Ninelives qui s’occupe de jeux vidéos. Que se soit donc pour Khara ou pour Ninelives, c’est la création qui est la raison d’être de ses sociétés.

Par rapport à ses sociétés qui ne font que de la création, Gainax est beaucoup plus globale, la société est capable de rédiger des contrats, de faire la production de produits dérivés, de la vente par correspondance etc…  Cette collaboration entre Khara, Ninelives et Gainax, est essentiellement ce que ne peuvent pas faire le studio Khara ou Ninelives. On peut imager cela à un fils de famille qui a décidé de gagner son indépendance et s’aperçoit un jour que tout seul, il est un peu perdu et revient alors vers ses parents pour leur demander de l’aide. Concrètement, tous ce qui est les problèmes de licences, Khara n’étant pas capable de s’en occuper, c’est Gainax qui s’en charge. C’est ce genre de relations qui unit ces deux studios.

Concernant le studio Feel dont on a parlé, c’est une création de monsieur Toshimichi Otsuki (Producteur d’Abenobashi, Furi Kuri ou encore le film d’Utena). Ce n’est pas vraiment une société avec laquelle on est intimement lié mais nous le somme plus avec monsieur Otsuki qui est production sur la série Evangelion et un ancien camarade de fac qui partager la même passion que nous. Shikabane Hime est en faite une production du studio Feel mais présenté comme étant le fruit de la collaboration entre nos deux studio. Le studio Feel étant relativement jeune, il n’avait pas la capacité de produire toute une série en complète autonomie et de part nos relations avec M. Otsuki, Gainax s’impliqua dans ce projet. Beaucoup de studios d’animation au Japon s’entraident comme par exemple Gainax qui participa à certains projets du studio Ghibli et ce dernier a pu nous aider dans la réalisation de Gurren Lagann.

5 - J’aimerais savoir si le nom de Gainax faisait référence à quelque chose  ou bien c’était juste parce que cela sonnait bien ?

Lorsque l’on a réfléchi au nom de la société, il n’y avait qu’une seule chose qui était décidé c’était le X final. On voyait bien un mot sonorité anglophone se terminant par la lettre X, un peu comme Xerox qui sonnait bien et qui faisait international. Puis on a réalisé que si nous on trouvait çà classe, les gens de notre pays trouveraient çà un peu simplet et se moquerait peut être de nous. Nous en sommes arrivé à chercher un mot japonais que les japonais eux même ne puissent comprendre. C’est là que Hiroyuki Yamaga eu l’idée d’utiliser un dialecte particulier. Etant originaire de la région de Tottori, je me suis souvenu qu’il existe là-bas un mot qui signifie géant « gaina » et qui n’est donc pas intelligible par le reste des japonais. A ce dialecte nous avons rajouté le X pour donner le nom de Gainax. Nous nous sommes alors dit que çà pouvais le faire ! Pour information nous avions décidé cela par téléphone.

6 – Deux petites questions au sujet de Gurren Lagann. Pourquoi Yoko porte elle la poisse  et Pourquoi une telle démesure dans cette série ?

Je suppose que vous dite çà parce que tous les hommes qu’elle embrasse y passent ? Yoko aime les hommes comme çà inconscient du danger.

Pour répondre à la seconde question, je pense que c’est relié à la nature même de hommes qui est de vouloir grandir, se développer. Ceci amène parfois du désespoir et des malheurs mais malgré tout çà nous devons les surmonter et aller de l’avant. Alors qu’Evangelion était quelque chose qui était un regard intérieur du cœur, nous avions envie pour la prochaine œuvre de faire quelque chose qui aille vers l’extérieur ! C’est pour cela que nous avons créé une œuvre qui commence dans les sous sol de la terre pour aller très loin dans l’univers.

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7 – Tous fans de Gurren Lagann souhaiterait savoir si une seconde saison est envisageable et j’aimerais aussi savoir quand le Gurren Lagann sera incorporé dans le jeu vidéo Super Robot Taisen ?

Très honnêtement, je fais partie des gens qui souhaitent une saison 2 de Gurren Lagann. En revanche, je dois être pragmatique et reconnaître que toute l’équipe qui a produit la série a pratiquement consumé toute son énergie et donc il va falloir attendre un petit peu que les batteries se rechargent soit d’ici quelques années.

Concernant, le jeu Super Robot Taisen ce que compte faire les développeurs de ce jeu cela ne m’appartient pas. Je vais vous dire ce que je ne peux pas vous dire en tant que ce que je suis ici aujourd’hui, mais il est probable que cela soit peut être possible un jour.

8 – Vous avez dit qu’il fallait casser la série précédente pour en faire une nouvelle tout en citant l’exemple d’Evangelion. Mais étant donné qu’il sort actuellement des films sur Evangelion est-ce pas un peu contradictoire avec vos propos précédents ?

Quand je disais « casser », on ne va pas tout casser non plus à gros coup de bulldozer ! Disons qu’on ce qui concerne l’équipe d’Evangelion, le noyau dur on va essayer de leurs gardé leurs sensibilité, leurs savoirs faire. Pour les équipes d’Evangelion ou de Gurren Lagann, le fait qu’il garde leur personnalité n’est pas un problème en soi. Mais les oeuvres aussi fortes qui ont connu des années de succès, ont tendance à faire que l’ensemble de la société tend à s’orienter vers celle-ci. Nous devons nous dire que malgré les qualités d’Evangelion, il n’y a pas que çà dans l’animation sinon nous feront encore du Evangelion quand on aura 70, 80 ans! Nous tenons à faire en sorte que Gainax soit un studio ayant toujours l’état d’esprit d’accueillir de nouvelles idées et de nouveaux potentiels. Que se soient les premières réalisations du temps des festivals Daicon, ou la série Evangelion, lorsque nous les avons créés nous ne pensions pas faire des œuvres aussi innovantes, aussi nouvelles. La joie que l’on a éprouvé en faisant ces œuvres, nous souhaiterons l’a retrouve intacte et c’est pour çà que nous devons continuellement nous former, nous éduquer.
Crédits
  • Source : Japan Expo 2009
  • Date : 11 juillet 2009
  • Auteur : Otaking
  • Autres Infos : Remerciement à Beez pour son organisation.
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