Dybex : Evangelion et sa version "remix"

L’arrivée d’Evangelion dans une nouvelle version DVD fait couler beaucoup d’encre. L’occasion pour nous de revenir sur l’historique d’Evangelion en France, et comprendre quel parcours complexe a suivi ce titre jusqu’à aujourd’hui.
Par Nicolas Penedo.

AnimeLand a toujours cherché à donner à son lectorat les informations les plus précises possibles sur une série. Un problème de communication avec Dybex nous a amené à communiquer des informations inexactes sur la nouvelle édition DVD d’Evangelion dans la rubrique Tendance de l’AnimeLand #117. Bien décidés à avoir le fin mot de cette histoire, nous avons demandé à Carlo Lévy, le numéro un de Dybex, de bien vouloir nous éclairer sur cette nouvelle sortie. Par la même occasion, il nous a paru intéressant de revenir sur l’arrivée d’Evangelion en France, afin de souligner le parcours complexe qu’a suivi cette série culte.

  • L’arrivé de la série en France


Animeland : A l’époque de la VHS, Dybex lance l’édition d’Evangelion en France : dans quelles circonstances avez-vous découvert cette série et qu’est-ce qui vous a motivé pour l’acheter ?

Carlo Levy : En 1996, les rares acteurs français du marché de l’animation japonaise se concentraient exclusivement sur les films et les OAV. De notre côté, nous estimions que ce choix était très réducteur, car pour décliner valablement une histoire complexe, plusieurs épisodes sont nécessaires. De là l’idée de lancer sur le marché des séries TV complètes, ce qui était très ambitieux et très risqué à l’époque. Nous avons en effet dû convaincre les distributeurs du bien fondé de notre politique (vous n’imaginez pas la difficulté de convaincre un distributeur de la possibilité de vendre plus de 2 ou 3 cassettes d’une même série). À cette époque, Evangelion venait à peine de démarrer en diffusion TV au Japon, et la série semblait très prometteuse. Nous étions tous ardents fans de Gunbuster, et c’est donc sur un pari sur la qualité de Gainax (et ce sur le visionnage de quelques épisodes seulement) que nous avons pris le risque de cette acquisition.

AL : Les VHS sont sorties de manières très espacées. A tel point qu’il aura fallu près de deux ans pour venir à bout de cette édition. Pourquoi un tel retard ?

CL : Plus que de retard, il faut parler de délai. Le titre ayant rapidement gagné en popularité, et ayant généré au Japon un phénomène important, les ayant-droits se sont montrés très exigeants et les étapes d’approbation se sont prolongées au-delà de toute attente. Le volume 3 notamment, qui mit plus de 6 mois à être approuvé au niveau du packaging. Il y avait également des tensions entre les différents ayant-droits, ce qui bien sûr n’aida pas à accélérer le processus. Dès qu’un titre passe au statut de culte et que le succès commercial s’emballe, tout se complique.

AL : L’édition française était particulièrement soignée, puisque l’on trouvait des croquis à visionner à la fin de la 1ere VHS et surtout, on pouvait lire des informations précieuses dans les jaquettes/posters. D’où venaient ces bonus ? Aviez-vous une liberté complète quant à ces bonus ?

CL : Les visuels sur la VHS provenaient des VHS japonaises, quant aux informations sur les jaquettes, elles provenaient des recherches effectuées par l’équipe qui participait au projet et sont restées l’apanage de la version française.

AL : J’ai cru comprendre que les masters que vous aviez reçus du Japon posaient des problèmes. Quel travail avez-vous accomplis sur eux ?

CL : Nous avons accompli le même travail que celui entreprit subséquemment par le producteur japonais, mais dans une mesure plus restreinte (car nous n’avons pas la même liberté, puisqu’il s’agit de l’œuvre d’un autre producteur). Nous avons effectué une remastérisation complète de la série au niveau des changements de plans, afin d’éliminer les sautes qui précédaient et suivaient ces changements. Approximativement trois secondes avant et après chaque changement de plan ont été corrigées et repositionnées par ordinateur (manuellement…). Cela représente 144 images à chaque plan, et il y a des centaines de plans par épisodes. Il s’agit donc de centaines de milliers d’images à repositionner… plus de 6 mois de travail quotidien.

AL : Les fameux épisodes 25 et 26 édités en VHS et DVD étaient-ils ceux diffusés à la télé japonaise ? En effet, la Gainax a refait ces épisodes au Japon peu de temps après leur diffusion, non ?

CL : Exact. Le public français (et international) y a eu droit, alors que ces épisodes ne sont pas sortis au Japon à l’époque. Ils ont été refaits et remplacés par le Director’s Cut pour l’édition home video. En fait, les épisodes 25 et 26 TV n'ont jamais été montrés en vidéo au Japon et sont donc le Director's Cut pour le public japonais, car ils étaient inédits. Il y a une inversion des épisodes "Director's cut" entre les pays, ce qui explique les nombreuses confusions.

  • Les Premiers DVD Dybex


AL : Ensuite, Dybex a édité Evangelion en DVD. Ces DVD présentaient des problèmes techniques. Ainsi sur le 2e DVD, la bande son se trouvait décalée par rapport à l’image. Passer de la VHS au DVD se révèle-t-il aussi compliqué que cela ?

CL : Vous parlez au pluriel, mais vous avez mentionné le seul problème technique dont il est question. Il faut savoir que les deux supports, DVD et VHS, sont radicalement différents. Le support VHS donne rarement lieu à ce type de problème. Les DVDs par contre sont des supports demandant une programmation ; on y trouve de nombreux flux (audio/vidéo/sous-titres) issus parfois de sources différentes (par exemple les versions françaises et japonaises proviennent souvent de deux supports distincts et pas forcément synchrones). Ce qui explique que des problèmes de ce type peuvent survenir. Avant Evangelion, nous avions sorti de nombreux DVDs sans aucun problème. La Loi de Murphy a voulu que le sort s’acharne sur ce titre qui est l’un des plus emblématiques.

AL : Travailler avec les éditeurs japonais se révèle très complexe à l’usage. Ainsi, la Gainax vous autorise-t-elle à travailler vos éditions françaises comme vous le souhaitez ou avez-vous des comptes à lui rendre ?

CL : L’ensemble du travail réalisé au niveau design et packaging est strictement soumis à l’approbation des ayant-droits japonais. Il s’agit tout de même de leurs œuvres, et il est juste qu’il en soit ainsi, même si cela cause parfois des retards ou des inconvénients. Parfois, nous sommes contraints d’utiliser des visuels que nous jugeons peu esthétiques ou nous sommes mis en retard par une approbation qui se laisse désirer, mais c’est une des règles du jeu. L’amour de l’art n’est pas tout et n’autorise pas tout, tout comme une licence n’est pas un passe-droit, contrairement à ce que pensent certains acteurs du marché.

  • Les prochaines éditions


AL : Concernant la Last Edition, elle devait sortir en novembre 2005. Est-ce encore bien utile de sortir une telle édition que la Renewal rendra forcément obsolète ?

CL : La L.E. est déjà sortie, et je pense que c’est l’occasion ou jamais de découvrir cette série pour la dernière fois dans sa version originale. Pour les puristes, elle ne sera jamais obsolète. Juste introuvable.

AL : Concernant cette fameuse nouvelle édition japonaise, j’ai un certain nombre de questions bien précises car on aura entendu beaucoup d’informations contradictoires sur le sujet. Pour commencer, quel est son nom japonais et pourquoi l’avoir appelée Remix en France ?

CL : Cette édition n’a pas de nom en japonais, car elle ne correspond pas à la version japonaise « RENEWAL » ; à ce sujet, je vous renvoie vers notre communiqué à ce propos.

AL : Ensuite, quelles seront ses caractéristiques techniques ? En quoi sera-t-elle plus intéressante à ce niveau que la Last Edition ?

CL : Entièrement remastérisée, avec corrections chromatiques, son remixé en japonais et français 5.1, nouveaux menus et multiples bonus. Je pense que le public sera le meilleur juge des qualités de cette nouvelle version.

AL : Parlons maintenant des épisodes.Les épisodes 21 à 24 sont annoncés en deux versions : la « on air version », censée reprendre l’épisode tel qu’il a été diffusé au Japon, et la « video version » version qui sera un director’s cut. Qu’est-ce que la director’s cut proposera de plus ? Modifie-t-elle notre perception de la série ?

CL : La version « on air » est celle déjà publiée par Dybex, et n’appelle aucun commentaire (elle a déjà fait verser tant d’encre). La version Director’s Cut contient les épisodes refait par Gainax à la demande du public japonais. Plusieurs éclaircissements et nouvelles scènes viennent émailler ces épisodes. Je ne pense pas que ces points puissent radicalement changer la perception de la série qui en compte tout de même 22 inchangés, mais, ils ajoutent à la compréhension et constituent « la » version « définitive » souhaitée par Gainax pour cette série.

AL : Concernant les épisodes 25 et 26, les spéculations vont bon train. Quelle version sera proposée par Dybex en France, la première version télé ou la nouvelle version éditée pour la vidéo ?

CL : La version télé remasterisée. Nous aurons donc les épisodes 1 à 26 en version télé et les épisodes 20 à 24 en director’s cut, le tout remasterisé et en version 5.1.

AL : Pourquoi ne pas inclure les films avec l’édition française ?


CL : Tout simplement parce que ceux-ci sont gérés par une société concurrente, et déjà disponibles à la vente depuis quelques années. Je ne pense pas que nos concurrents soient intéressés à nous céder leurs droits. Sinon c’est avec plaisir que nous aurions inclus ces films dans notre édition, après les avoir opportunément re-doublés.

Crédits Source : Animeland.com
Date : Janvier 2006
Auteur : Nicolas Penedo
Autres Infos : Aucune
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