La Fin d'Evangelion par Hideaki Anno

Newtype : La fin cinématographique d'Eva est enfin achevée. Dites-nous franchement quels sont vos sentiments.

Hideaki Anno : « Simplement le sentiment que c'est fini. Et que je vais pouvoir me mettre à autre chose. »
« Seulement, c'est le deuxième terme que je mets à ce titre, et ce n'est pas le même. Toute l'équipe et moi-même allons nous atteler à d'autres tâches, et Eva ne fait plus partie que du passé pour nous. Toute l'équipe avait l'air contente à la sortie de la projection privée, alors c'est parfait. Mes sentiments à moi sont contenus au début de ce nouvel épisode 26. Il n'y a aucune tromperie. En réalité, je vous le dis : c'est la vérité. »
« Toutes mes pensées sont tournées vers mon film live. J'ai donc tout oublié de ce qui concernait Eva. J'efface tout au fur et à mesure, une sorte de retour aux sources. »

NT : Eva, particulièrement vers la fin, abordait le thème de la communication entre les hommes, mais le message de la version cinématographique a-t-il porté ses fruits ?

HA : « Je crois qu'il y a un condensé de malentendus à propos de ce film, et pas seulement à propos de sa plastique. Le cinéma est le médium où tout doit être simplifié à l'extrême, et c'est extrêment contraignant. Il s'agit d'adapter l'oeuvre afin qu'elle soit comprise par tous, et Eva, par moment, casse ce principe. Car ce n'est pas une adaptation. On peut toujours dire que la technique m'a fait défaut, mais en vérité, on m'a acculé. Finalement, plus que du discours, Eva se rapproche du cri. Il est donc imbécile de dire qu'il y a un quelconque message.  »

NT : Pourtant, à la fin de la série, vous nous aviez déclaré que les anime-fans doivent revenir à la réalité.

HA : « Disons que j'aurais mieux fait de me taire. »
« Je me suis mêlé de ce qui ne me regardait pas en disant cela à des gens qui justement aiment les anime pour s'éloigner à tout prix de la réalité, sans parler du monde de la profession qui a estimé que je sciais la branche sur laquelle il est assis : je me suis fait copieusement insulter de toutes parts. Ma motivation était que je voulais prévenir à ce moment précis ceux qui avaient un autre angle de vue des pièges du petit monde de l'anime et de la messagerie electronique. »
« C'est clair : les anime-fans et la profession ne sont pas du genre à vouloir se remettre en cause. Mon travail et Eva elle-même ne sont donc que des produits intolérables. J'aurai mieux fait de constater, comprendre ma situation aux yeux des autres. J'aurai au moins voulu savoir que cela se ressentait ainsi aussi bien depuis le dehors de la coquille d'un anime-fan. »

NT : Comparé à vos oeuvres précédentes, Eva est fortement imprégnée de vos propres réflexions.

HA : « Du point de vue de ces personnes pour qui écrire que l'on s'est fait rejeter par les autres n'a pas d'importance, mon travail est certainement le comble de la stupidité. Dans une marginalité obscure qui dura dix, vingt, trente ans, nous ne pouvions que crier « moi ». Nous sommes dans une époque de solitude, où l'existence de l'individu ne se justifie que par sa reconnaissance par les autres.  »

NT : Avez-vous vous-même le sentiment d'être sorti de la « coquille » d'Eva ?


HA : « Je ne peux sans doute pas en sortir. J'ai simplement l'impression que l'intérieur de la coquille s'est élargi. Peut-être est-ce parce que la coquille est cassée. »

NT : Pourquoi le film s'achève-t-il ainsi ?

ANNO: « J'estime qu'il n'est pas facile de retranscrire les intentions d'un film par des mots, et que si tel n'était pas le cas, il serait plus simple de ne pas faire de film. »

Entretien de Anno Hideaki dans New Type de septembre 1997
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