Laurence Breheret - La voix de Misato Katsuragi

Laurence BreheretNée un 6 décembre à Angers, Laurence Breheret se passionne très jeune pour le théâtre. Au fil de sa longue carrière de comédienne, elle aura l’occasion de s’essayer à d’autres disciplines telles que le doublage de films et de séries télévisées. Voix quasi-officielle du personnage Misato dans Evangelion, c'est avec gentillesse qu'elle a accepté notre demande d'interview.

Quand avez-vous débuté votre carrière et dans quelle condition ?

J’ai commencé le théâtre vers 13/14 ans, dans un petit village de campagne. Au lieu de sortir en boîte avec mes amis, j’allais faire du théâtre en cachette car mes parents ne souhaitaient pas que je sois comédienne. Après avoir obtenu mon bac, et puis un DUT, je suis montée à Paris où j’ai fait une école nationale de théâtre : «l’école de la rue blanche». Pour tout vous dire, il y avait 1000 personnes qui s’y présentaient pour seulement une vingtaine de sélectionnés à l’arrivée. Dans la même promo que moi, il y avait notamment Samuel le Bihan et Clotilde de Courau.

Avez-vous une préférence pour le théâtre ou pour le doublage ?


Ces deux activités n’ont rien à voir, mais elles sont aussi complémentaires. Je continue de jouer au théâtre car j’adore cela. C’est au théâtre qu’un comédien fait pleinement son métier, mais j’aime aussi la synchro (le doublage). C’est une activité à part entière, c’est une vraie technique, un vrai travail de comédien aussi, avec de vraies contraintes. Cependant, elles sont au niveau de l’espace, des textes….pourtant la complémentarité est là. Je n’ai pas de préférences, je suis heureuse de pratiquer l’un comme l’autre.

A la base, je ne connaissais absolument pas le doublage. Quand on fait une école nationale de théâtre, on vous parle de tournage et de théâtre. A l’époque, il y a vingt ans, ce n’était pas forcement pertinent de faire du doublage ou même de travailler à la télévision. C’est peu valorisant car, hélas, peu reconnu. Mais il y a maintenant beaucoup de comédiens qui aimeraient faire du doublage car cela leur permet de pouvoir travailler et de s’épanouir autrement. Malheureusement, les média parlent souvent de la version originale pour un film, par exemple, alors que la plupart des salles en France le diffuse en version doublée en français. Notre travail n’est pas assez reconnu.

En revanche, quand j’ai doublé Kushana dans le film de Nausicaä, j’ai fait mes essais et ces derniers ont été envoyés au Japon et validés par Miyazaki, le réalisateur, lui-même. Il en fut de même pour le long-métrage Broken Flowers de Jim Jarmusch.

Le manque de reconnaissance provient aussi du fait que nous arrivons en fin de production et que rares sont les spectateurs à rester jusqu’au bout pour voir les crédits d’un film. Nous ne souhaitons pas devenir des stars mais nous aimerions bien que l’on parle un petit peu de nous, en se focalisant peut être moins sur toutes ces émissions de télé-réalité par exemple (rires). Nous faisons partie du paysage mais personne ne nous voit.

C’est amusant, j’ai l’impression d’interviewer Misato d’Evangelion.

A propos de ce personnage, la première fois que je l’ai doublé c’était il y a plus de 10 ans. Pour le doublage d’Evangelion 2.0, ma voix est sûrement un peu plus de grave, même si je ne fume pas. C’est comme Donald Reignoux qui à l’époque était réellement un adolescent ; mais sa voix avait dû déjà muer je pense.

Vous rappelez-vous votre premier doublage ?

Hum… j’avais fait plusieurs essais, mais je crois que j’avais doublé Madonna dans une série B.

Je me suis entrainée sur des séries avec Valérie Siclay pour le compte de la SOFI. Même si je n’ai pas trop doublé au début, j’ai pu faire de très jolies choses comme des films de Spielberg (AI – Intelligence Artificielle, Minority Report)

Vous avez souvent doublé des personnages féminins à fort caractère comme Sheris dans Lodoss, Sylvie Gena dans Macross 2 ou encore Subaru dans .hack//Sign. Vous retrouvez-vous dans ces personnages ?

Je dirais plutôt le contraire, mais c’est vrai que je fais des capitaines de police ou autres dans des séries. Je pense avoir une voix plutôt douce mais le genre où l’on ne m’imagine pas forcement c’est dans la comédie, alors que j’aimerais beaucoup interpréter un rôle farfelu.

Les fans d'animation japonaise vous ont connu notamment par votre interprétation de Misato dans la série Evangelion. Réalisez-vous l’importance de votre travail sur ce personnage ?

C’est cocasse, j’ai tourné cet été pour la télévision Japonaise, avec la chaîne NHK. Quand je leur ai dit que j’avais doublé le personnage de Misato en français, ils étaient tous fous. C’était très impressionnant. Je me suis aperçue à quel point c’était important pour eux alors que pour moi, ce travail fut comme un tas d’autres !

Ce tournage nippon concernait des reconstitutions historiques consacrées à des peintres (Renoir, Monnet, Van Goh …). Soit le programme était en sous-titré, soit doublé. J’ai été doublé en japonais (rires) et ils me recontactent assez souvent.

Comment s'est passé le doublage d’Evangelion à l'époque ? Est-ce que, comme Donald Reignoux, vous en avez gardé un mauvais souvenir ?

Donald Reignoux était jeune à l’époque, je ne vais pas le juger, il fait très bien son travail. Mais maintenant que j’ai des enfants de son âge, je sais qu’il faut faire très attention avec eux. Pour ma part, je ne l’ai pas mal vécu, je me suis bien amusé avec le personnage de Misato. Il y avait une scène assez amusante où je devais  simuler un acte sexuel tout en n’ayant évidement aucune image de cela. Il a fallu travailler l’imaginaire, partir de rien pour faire croire et c’est exactement notre métier.

Avez-vous eu l'occasion de voir la série en entier ?

Très sincèrement, je n’ai absolument rien vu de tout ce que j’ai fait. Et pour tout vous dire, je n’aime pas forcement m’écouter, ou me revoir, que ce soit pour le théâtre ou autre. Ce qui est donné, est donné. Pour s’améliorer, oui, de temps en temps je me confronte à mon travail, mais autrement non.

Je vais peut être vous décevoir mais je ne suis pas très attirée par les animes qu’il s’agisse de séries télévisées ou de long-métrages comme Le château dans le ciel ou Le voyage de Chihiro que ma fille regarde. Mais ce qui est intéressant, c’est l’univers qui correspond parfois beaucoup à leur culture. On comprend et on apprend beaucoup chose sur les japonais en regardant un anime.

Pour les premiers films d'Evangelion (Death & Rebirth / The End of Evangelion), le casting de la série n'a pas été conservé à l'exception de vous (deux personnages : Misato & Maya). Avez-vous une anecdote sur ce doublage ?

Franchement, je ne m’en souviens pas. Désolée.

Nadia, le secret de l'eau bleue est la première série télévisée à succès du Studio Gainax avant Evangelion. Sur le long-métrage édité par Kazé, vous avez prêté votre voix à trois personnages ! Comment abordez-vous une telle perspective de jeu ?

Si vous le dites, non, je n’en ai aucun souvenir.

Vous avez sûrement travaillé avec Valérie Siclay (Nadia) et Hervé Rey (Jean).

Non, je ne travaille pas tout le temps avec Valerie Siclay. On est parfois sur le même projet sans se croiser au moment du doublage.

Si la série Nadia sortait en DVD avec un nouveau doublage, le rôle de Gladys (alias Grandis en VO) vous intéresserait-il ? Le personnage y est différent et plus travaillé.


On ne nous reprend pas forcement parce que l’on a déjà fait la voix du personnage dans un autre projet. Si l’on me le propose, que mes essais sont concluants et que je suis disponible alors oui peut être reprendrais-je ce personnage. Je refuse rarement un doublage, en général, je fais confiance aux choix du directeur artistique.

On vous retrouve aussi dans une autre production du studio Gainax, intitulée Mahoromatic. Vous y incarniez le professeur Saori Shikijô, un personnage tout à fait loufoque et hystérique. Vous souvenez-vous de ce doublage ?

Le titre me dit quelque chose mais, une fois encore, je suis désolée, non.

Avant de commencer un doublage vous montre-t-on des extraits en VO ? De même, lorsque que vous reprenez un de vos anciens rôles, comme pour Misato, regardez-vous ce que vous avez fait auparavant ?

Non, absolument rien. Il faut vraiment que vous veniez voir un peu comme cela se passe dans les studios. Nous n’avons pas le temps, nous devons travailler très vite. Pour Terminator Renaissance, on nous a montré le film en version originale au préalable mais c’est très rare. En règle générale, pour les œuvres d’animation, séries et films, on n’a pas le temps…

Dernièrement vous avez repris le personnage de Misato dans la version française du second film de Rebuild of Evangelion. Avez-vous eu l'occasion d'entendre celle du premier film assez critiquée ?

Non, absolument pas. Comme je vous l’ai dit on ne peut pas prendre le temps pour visionner une vidéo. Pour tout vous dire, je n’ai même pas été contacté à l’époque.

D’après une interview du directeur de plateau, Phillipe Roullier, tous les comédiens du second film participeraient au re-doublage du premier film.

Ah bon ? (rires) Je n’étais pas au courant. C’est gentil de m’informer que je vais travailler bientôt sur ce projet. Après, je ne suis pas sur internet à regarder tout ce qui se passe et se dit.

Vous souvenez-vous du doublage du long-métrage Cutie Honey ?

Absolument pas. J’ai fait quoi ?

Vous interprétiez l’une des méchantes du film.

(rires) Je ne vois pas. Désolée.

En règle générale, les fans diront que la VO est toujours la meilleure version qui puisse exister. En France, malgré tout, votre travail est très apprécié ce qui est un fait rare. Quand pensez-vous ?

Ah bon ? C’est gentil. J’apprécie beaucoup. Maintenant il arrive que je ne sois pas très satisfaite de moi. Pour Nausicaä, j’ai pu constater qu’il y avait plus de moyens et de temps consacré au doublage d’un long métrage Ghibli, bien que cela reste de l’animation japonaise. Quand on a du temps on peut faire de bonnes choses mais encore faut il que les dialogues et l’adaptation soient bien écrits. Néanmoins les conditions de travail se sont petit à petit dégradées car nous devons aller de plus en plus vite. Certains bons comédiens arrivent à faire avec, surtout s’ils sont soutenus par un bon directeur de plateau. Mais on ne peut pas faire de miracles quand la rentabilité est privilégiée à la qualité.

Sur votre doublage de Misato dans l’épisode 3 d’Evangelion, on peut constater que la volonté de coller aux « lèvres » du personnage donne parfois des interprétations douteuses.

Oui, on fait ce qu’on peut avec le texte. Cela va beaucoup trop vite pour réagir. Régulièrement, soit les textes sont changés afin d’être en raccord, soit c’est laissé tel quel.

Lorsque l'on double une personne en chaire et en os, la plupart du temps le jeu facial doit être un repère important pour l'interprétation. Cependant, avec le domaine de l'animation, l'expressivité du visage est artificielle. La voix originale devient-elle alors le repère d'interprétation ?

Toujours ! Même en animation, mais à moindre mesure. En tout cas, on se fie moins à l’intonation des japonais. Certains définissent notre travail comme un Karaoké intelligent ; c’est presque cela. Il faut être dans l’attention portée aux sentiments du personnage. En animation, on est beaucoup plus dans la création.

Parmi les actrices anglophones à qui vous avez donné voix en version française, on peut noter une récurrence avec Helena Bonham Carter et en particulier avec les films de Tim Burton. Etes-vous donc curieuse des projets de l'actrice et par la même occasion des interprétations qui pourraient vous êtres confiées ?


Je ne suis pas forcement l’actualité, quand un film arrive, il arrive. Je double quarantaine d’actrices et je ne peux pas suivre tout ce qu’elles font. Pour le moment je suis la voix attitrée en France d’Helena Bonham Carter, une actrice que j’adore. Mais rien n’est jamais acquis, il faut toujours prouver ses capacités même après 5 années de suivi d’une comédienne. En revanche, Julian Moore, que j’ai eu l’occasion de la doubler dans Loin du Paradis, mais je ne l’ai pas suivie. Il y a eu d’autres choix artistiques avec d’autres comédiennes ; c’est le jeu !!!

Vous rappelez-vous avoir doublé le personnage de Subaru dans l’anime .hack//SIGN ?

Oui. J’avais beaucoup apprécié le thème central de la série. L’idée d’enfermement par rapport aux jeux vidéo, et cette volonté de suicide que vivent certaines personnes, étaient assez intéressantes. En revanche, je ne suis pas forcément très fière de ce qu’on a fait dessus.

Enfin, quels sont vos projets actuellement ?

Je double actuellement le personnage de Kaori pour l’anime Angel Heart. J’ai aussi le rôle principal sur la nouvelle série V – Les envahisseurs qui devrait prochainement être diffusée sur TF1. Elle reprend la trame de la série d’origine avec beaucoup plus de moyens, en tout cas c’est une série que j’apprécie beaucoup.  Je continue aussi de doubler d’autres séries comme Private Practice. Sinon j’essaye de monter une pièce de théâtre que j’ai écrite.
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Crédits Source : Gainax.fr
Date : 21 octobre 2010
Auteur : Otaking
Autres Infos : Remerciements à Laurence Bréheret.
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